
UNE PIECE LEGENDAIRE REFAIT SURFACE Découverte par hasard lors de l’inventaire de la Collection Galerie Meyer, constituée sur trois générations de galeristes, la pièce était soigneusement enveloppée dans du papier bulle, au fond d’une caisse remplie de porcelaines. D’abord le trépied, puis le sein en porcelaine : au fil du déballage, experts et commissaire-priseur peinent à croire ce qu’ils découvrent. Sous leurs yeux se révèle une pièce rarissime, dont ils ne soupçonnaient pas la présence : le quatrième et dernier exemplaire connu de cette jatte têton de la manufacture royale de Sèvres. C’est ainsi que ce chef-d’œuvre commandé par Louis XVI pour la laiterie de Marie-Antoinette à Rambouillet refait surface après plus de deux siècles dans des collections privées. Ce bol en forme de sein, posé sur un trépied orné de têtes de bouc, est l’une des pièces les plus célèbres et les plus extravagantes jamais produites par la manufacture royale. Sa réapparition constitue un événement majeur pour le marché de l’art et l’histoire de la manufacture. La « jatte téton », selon la terminologie du XVIIIe siècle, se compose d’un bol hémisphérique en porcelaine tendre imitant la forme d’un sein féminin et d’un trépied triangulaire en porcelaine dure. Le trépied est décoré en noir et pourpre de rinceaux et de frises d’oves et de flèches dans le goût étrusque, sur un fond orangé dit « fond grès ». L’ensemble porte sous le trépied les lettres LL entrelacées et couronnées de la manufacture de Sèvres et la lettre-date KK pour l’année 1787.
LA LAITERIE DE RAMBOUILLET Louis XVI acquiert le domaine de Rambouillet en 1783 et commande la construction d’une laiterie d’agrément pour plaire à Marie-Antoinette. Hubert Robert intervient dans l’aménagement des jardins et paraît avoir assuré la coordination artistique de la laiterie. Jacques-Jean Thévenin est chargé de la construction, Pierre Julien de la sculpture et Georges Jacob du mobilier exécuté d’après les dessins de Robert. Cette fabrique de jardin allie architecture néoclassique et évocation pastorale. Pour meubler ce lieu, le comte d’Angiviller, directeur des Bâtiments du roi, commande à la manufacture royale de Sèvres un service de porcelaine d’un genre entièrement nouveau. Inspiré par les vases antiques de la collection Denon, récemment acquise pour le roi, ce service adopte des formes à l’Antique et un décor étrusque sans aucune dorure, un choix esthétique radical pour Sèvres.
DU MASTOS GREC AU BOL-SEIN La forme du bol s’inspire directement du mastos, une coupe à boire en forme de sein utilisée lors des banquets grecs (du grec μαστός, sein). Des exemplaires antiques ont peut-être figuré dans la collection Denon transférée à Sèvres en 1786. Une légende tenace, dont aucune source écrite antérieure au XXe siècle n’a été identifiée, veut que le bol ait été moulé sur le sein même de Marie-Antoinette. Les spécialistes de Sèvres qualifient cette tradition de « mythe » ou de « fantaisie romantique ».
QUATRE JATTES TETON POUR LA LAITERIE Quatre jattes téton sont livrées pour Rambouillet en 1787 et 1788. Trois sont aujourd’hui conservées dans des collections publiques : deux au musée national de céramique de Sèvres (à fond bleu pâle et à fond violet) et une au musée Duca di Martina de Naples (à fond bleu pâle). L’exemplaire présenté en vente à fond ocre-orangé, décrit fond grès dans les archives de la manufacture de Sèvres, est le seul des quatre originaux à demeurer en mains privées.
P R O V E N A N C E- Laiterie de Marie-Antoinette à Rambouillet Suivant un document manuscrit :- Marie Josephe Rose, marquise de Chanaleilles, née Carrère (1784-1867), sœur de Marie Louise Zélie, comtesse de Bouillé, née Carrère (1783-1869), dame de compagnie de la duchesse de Berry.- Donnée par la marquise de Chanaleilles à son petit-fils, le général Ferdinand de Salles (1831-1925)- Galerie Meyer à Paris
